@fAtreyu

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hugleikurdagsson:

poop monster versus fire breathing zebras. with rainbow fire.
I promised lord facebook I would draw this when I got to 17000 likes. so here it is.

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When I realized Buffy gifs can solve every feeling…

mysocalledlesbianissues:

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parachuuut: Mariage pour tous sauf pour les sans-papiers

parachuuut:

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My visit to get screened for cancer:

  • Nurse: "Sorry your boyfriend couldn't wait for you in the waiting room, it makes women feel uncomfortable."
  • Me: "He wasn't my boyfriend and I don't see how it would make them uncomfortable, but that's my opinion. He was here for moral support. I understood, and so does he."
  • Nurse: "So he's your...."
  • Me: "Friend."
  • Nurse: (During the question asking) "How many sexual partners have you had?"
  • Me: "11."
  • Nurse: "How old were you when you first became sexually active?"
  • Me: "....Loaded question but....14, I guess."
  • Nurse: "You're sexually active, then."
  • Me: "Well....I guess...but..."
  • Nurse: "How many times have you been pregnant?"
  • Me: "Uh. 0."
  • Nurse: "O...kayy...-Checks 'condoms' as my preferred use of birth control-"
  • Me: "I don't use condoms. Or take birth control."
  • Nurse: "Then how do you avoid getting pregnant?"
  • Me: "With homosexuality."
  • Nurse:
  • Me:
  • Nurse:
  • Me: "I fuck girls."
themarysue:

Lady Eboshi doesn’t get enough reblog from this blog. 

themarysue:

Lady Eboshi doesn’t get enough reblog from this blog. 

(Source : oeilvert)

For years, I opened my 11th-grade U.S. history classes by asking students, “What’s the name of that guy they say discovered America?” A few students might object to the word “discover,” but they all knew the fellow I was talking about. “Christopher Columbus!” several called out in unison.

“Right. So who did he find when he came here?” I asked. Usually, a few students would say, “Indians,” but I asked them to be specific: “Which nationality? What are their names?”

Silence.

In more than 30 years of teaching U.S. history and guest-teaching in others’ classes, I’ve never had a single student say, “Taínos.” How do we explain that? We all know the name of the man who came here from Europe, but none of us knows the name of the people who were here first—and there were hundreds of thousands, if not millions, of them. Why haven’t you heard of them?

This ignorance is an artifact of historical silencing—rendering invisible the lives and stories of entire peoples.

[…] In an interview with Barbara Miner, included in Rethinking Columbus, Suzan Shown Harjo of the Morning Star Institute, who is Creek and Cheyenne, said: “As Native American peoples in this red quarter of Mother Earth, we have no reason to celebrate an invasion that caused the demise of so many of our people, and is still causing destruction today.” After all, Columbus did not merely “discover,” he took over. He kidnapped Taínos, enslaved them—“Let us in the name of the Holy Trinity go on sending all the slaves that can be sold,” Columbus wrote—and “punished” them by ordering that their hands be cut off or that they be chased down by vicious attack dogs, if they failed to deliver the quota of gold that Columbus demanded. One eyewitness accompanying Columbus wrote that it “did them great damage, for a dog is the equal of 10 men against the Indians.”

Corporate textbooks and children’s biographies of Columbus included none of this and were filled with misinformation and distortion. But the deeper problem was the subtext of the Columbus story: it’s OK for big nations to bully small nations, for white people to dominate people of color, to celebrate the colonialists with no attention paid to the perspectives of the colonized, to view history solely from the standpoint of the winners.

-

Bill Bigelow, Rethinking Columbus: Towards a True People’s History

(via fariyah)

De l’impuissance virile et de la liberté d’expression

1) LA LIBERTE D’EXCECRATION OU LA LIBERTE A COUPS DE BOMBES



“Le droit de l’intellectuel ici revendiqué n’a peut-être pas d’autre contenu que le non-droit des autres.”  Jacques Rancière : “Portrait du vieil intellectuel en jeune dissident”, le Nouvel Observateur, 25 au 31 juillet 1977 cité in François Cusset - La Décennie p.32

D’encre et de papier dans le turban de Mohammed, ou bien réelles et actualisées par les discours bellicistes d’un BHL qui, depuis 30 ans, est de toutes les interventions militaires et qui avoue de ses propres mots “penser comme on fait la guerre”, la liberté d’expression derrière laquelle se cachent les tenants de l’islamophobie en France est une liberté à coup de bombes. Dans un cas comme dans l’autre, c’est la rigidité et le caractère a priorique des principes dits “républicains” qui est invoquée, au point de complètement renverser le sens de certains d’entre eux, comme ce fut le cas avec la laïcité et la loi du 15 mars 2004 sur le port des signes religieux à l’école, où la neutralité n’était pour la première fois plus imposée aux agents du service public mais aux usagers, ainsi que le souligne Pierre Tévanian [1]. Comme ce fut également le cas dans le discours de BHL, passant de la notion de “droit d’ingérence” à celle de “devoir d’ingérence”, répondant sans doute par là à l’appel de la “loi morale” kantienne et à son caractère tout aussi a priorique. Et on pourrait continuer à dire aujourd’hui, avec Deleuze qui le disait des années 1980 : “Période de désert” et “restauration de la transcendance” [2].

De la même façon aujourd’hui avec les polémiques sur “L’innocence des musulmans” et sa réception, sur Caroline Fourest à la Fête de l’Humanité et sur les caricatures de Charlie Hebdo, on essaie de faire passer une exigence d’impunité intellectuelle pour une liberté d’expression. Sous prétexte que telle ou telle déclaration relève de la liberté d’expression, remettre en cause ses raccourcis, amalgames, sophismes et logiques racistes serait un acte policier destiné à faire taire cette liberté d’expression. Alain Gresh le dit très bien : “Pour éviter tous procès d’intention, je tiens à dire que l’on ne saurait tolérer des menaces contre quelqu’un qui a usé de la liberté d’expression, même à mauvais escient”. Mais en quoi analyser l’islamophobie plus que latente de certains, et la traiter comme l’imbécilité dangereuse qu’elle est, est-il une menace, si ce n’est pour le fonds de commerce de ces “penseurs” (philosophes, experts, essayistes, caricaturistes ou éditorialistes) qui surfent sur le racisme depuis 10, 20 voire 30 ans?

Mieux que ça, crier au loup lorsque la tribune médiatique de l’islamophobie en France est l’une des plus larges après celle des économistes adeptes de la rigueur, est clairement d’une hypocrisie de l’ordre de la paranoïa aggravée. Il suffit de voir parader Caroline Fourest de plateaux de télé (du 13-15 aux émissions de philosophie de Raphaël Enthoven) en micros de radio, de tribunes dans le Monde en colloques dans les universités (Université Libre de Bruxelles) ou les rendez-vous politiques (avec le PS ou le Front de Gauche), pour se rendre compte que la libre expression de l’islamophobie se porte très bien.

Mais, fidèles en cela à la tradition réactionnaire, les islamophobes qui se cachent derrière la liberté d’expression ne font en fait que retourner les problèmes : en faisant passer toute critique pour une censure, ils censurent efficacement toute critique, ce qui est loin d’être une définition de la liberté d’expression. Ainsi, pensant comme ils font la guerre (contre le Mal-majuscule chez BHL), ils ne parviennent au final qu’à mener une guerre contre la pensée. Défendant la liberté d’expression, ils se retrouvent dans le même temps, comme Yves Thréard le 19 septembre 2012, à demander l’interdiction des manifestations des mécontents, comme le fait remarquer Alain Gresh, ou à ériger en symbole de la liberté d’expression une caricature raciste, comme Philippe Val pour reprendre la remarque de Mona Chollet en 2006. Dans ce contexte, la contribution d’Ivan Rioufol au débat fait figure d’appel au fou rire stratosphérique, lorsqu’il donne aux musulmans comme tâche d’accepter “les usages de la démocratie”.

2) LA FORCE DE LA RAISON, OU LA RAISON DE LA FORCE?



“L’intelligentzia subsiste, s’accrochant à des causes, à la limite n’importe quelle cause, pour se convaincre qu’elle existe. Et même elle réagit, en face de la médiocrité massive et de la médiocratie bien-pensante ou cynique. Elle exprime des nostalgies (pour le siècle des Lumières, par exemple celui de Gibbon), elle publie à la suite de Valéry (et de Pound, et de T.S. Eliot) des discours sur la culture, mais avec nettement moins de talent (le moralisme remplace la force pensante et poétique).” Kenneth White - Le monde d’Antonin Artaud (1988)


Déconstruire cette pensée qui passe son temps à mystifier et à retourner les problèmes requiert alors de saisir la logique qui y préside. Se revendiquant à longueur de texte de l’Esprit et des Lumières – et de l’esprit des Lumières – elle croise une morale formelle avec une dialectique du Bien et du Mal, qui ferait rire si ses conséquences n’étaient pas à pleurer. François Cusset, dans La Décennie [3] l’explique de cette façon : “Le problème est moins la lutte du Mal contre le Bien, martèlent-ils, que l’alliance involontaire avec le Mal d’un angélisme bien-pensant qui prétend répandre le Bien.”

Appliquée à l’islamophobie, cette dialectique nous fait retrouver les termes exacts du discours laïcard entamé en 1989 par Elisabeth Badinter, Régis Debray, Alain Finkielkraut, Elisabeth de Fontenay et Catherine Kintzler, et repris par la suite par Caroline Fourest au moment de la loi du 15 mars 2004 : “Tolérer le foulard islamique, ce n’est pas accueillir un être libre (en l’occurrence une jeune fille), c’est ouvrir la porte à ceux qui ont décidé, une fois pour toutes et sans discussion, de lui faire plier l’échine.” ainsi que le discours de la plupart d’entre eux sur l’antiracisme : le racisme c’est certes Mal, mais l’antiracisme prétend être le Bien alors qu’il n’est qu’un bien pervers qui travaille objectivement, cet “idiot utile”, à la haine raciste. De la même façon que celui ou celle qui refuse l’exclusion des jeunes filles voilées travaille à son insu pour Al Qaïda, l’antiraciste qui s’en prend à l’islamophobie d’une Caroline Fourest travaille à son insu pour les terroristes intégristes. Le nier serait nier le “Réel”, l’un des trois éléments du “triple chantage permanent du rhéteur médiatique” [4] tel que le décrit François Cusset.

Fort de cette réduction à une seule et même position de deux positions antagonistes, le dialecticien se donne le vertige d’un survol de ce manichéisme, qu’il a pourtant fabriqué de toute pièce en transformant des antagonismes politiques en UN antagonisme moral.

Dans le même temps, et c’est là que le bât blesse, le réel, lui, se venge comme le rappelle Houria Bouteldja : réagissant à son invitation à la convention du Bloc Identitaire, Caroline Fourest écrit : “Moi je propose plutôt que les Indigènes de la République et le Bloc identitaire (à qui je trouve beaucoup de points communs) fondent un parti ensemble… Le MERD : Mouvement des Enragés Racistes et Différentialistes”. À quoi Houria Bouteldja répond en soulignant la vengeance du réel : “Le problème ma belle c’est que c’est toi qui est invitée par le Bloc Identitaire et c’est toi qui suscite l’admiration de Fdesouche. La convergence c’est avec TOI qu’ils la font pas avec NOUS.”

Cette pseudo-dialectique est monnaie courante : par exemple l’équivalence que Ragemag pose entre Eric Zemmour et Rokhaya Diallo au détour - pas si paradoxalement que cela - d’un article savoureusement raciste et sexiste. Et pas si paradoxalement que cela encore une fois, c’est cette même logique que l’on retrouve chez des figures aussi peu ragoûtantes que Bat Ye’or ou Oriana Fallaci dont pourtant aussi bien Alain Finkielkraut que Caroline Fourest se désolidarisent au motif qu’elles auraient poussé la réflexion jusqu’au basculement dans le racisme éhonté. Mais dans les textes, à part un style peut-être moins complotiste et plus policé (et encore), on saisit difficilement ce point de basculement. Ainsi Ivan Jablonka parle du livre de Bat Ye’or (à qui Oriana Fallaci a rendu hommage) comme d‘“un monde manichéen et fixiste, où le Bien aux prises avec le Mal cherche son champion pour dessiller les foules. Propre à susciter une adhésion de révolte, la fable est d’autant plus expressive qu’elle fait fi de la complexité du monde”.

3) MUNICH, DEUX QUI LA TIENNENT…



“Certains matins, tous les hommes connaissent avec la fatigue un accès de tendresse qui fait bander.” Jean Genet - Notre-Dame-des-fleurs


La cheville conceptuelle de cette soit-disant dialectique, qui permet la création d’une équivalence entre racisme et antiracisme, est cette notion d’idiot utile, d’allié objectif, de mollesse opposée à la fermeté, dont tous se revendiquent. Et la notion de mollesse est importante, car dans la même logique elle inspira à Bernard Chapuis, en 1983, la notion de “moulag”, ce goulag de la mollesse. Un autre nom de ce concept pourrait être celui de “Munich”, expression chère à BHL, Philippe Val et Alain Finkielkraut, utilisée aussi bien dans le premier appel anti-voile de 1989 (qui commençait avec emphase par : “L’avenir dira si l’année du Bicentenaire aura vu le Munich de l’école républicaine” – phrase qui assimilait clairement l’islam de 1989 en France à la menace nazie des années 1930 en Allemagne) que dans les diatribes des belliqueux accusant les antiguerres du Golfe de “défaitisme “munichois”” et faisant, en ce qui concerne BHL, du “devoir d’ingérence” (sic) un “réflexe “antimunichois”” [5]. Ou encore dans la justification de la publication des premières caricatures de Charlie Hebdo, lorsque Philippe Val affirmait que ne pas publier les dessins serait aller à « Munich ».

L’antiraciste et l’anticolonialiste seraient ce munichois ou bien, on y arrive, ce “mou de la bite” dont parlait Luz, un des caricaturistes de Charlie Hebdo, en 2006 à propos des caricatures de Mohammed [6]. Cette mollesse découlerait pour beaucoup d’entre eux de l’opposition des antiracistes et anticolonialistes à l’idée d’un Occident décomplexé, libéré de la mauvaise conscience coloniale face à laquelle il était urgent, comme l’a fait Nicolas Sarkozy au début de son mandat, de rappeler la dimension civilisatrice de la colonisation : colonisation de l’histoire de la colonisation pour casser le travail d’anamnèse des penseurs postcoloniaux. On remarque, dans le même temps, que cette opposition de la fermeté et de la mollesse dénote également d’une vision sexiste (pas seulement sexuée) et viriliste de la politique. Le moulag retrouve le mou de la bite, les deux noms d’une politique de l’impuissance comme le fait remarquer le blogeur Bernard Lallement, cité déjà en 2006 par Mona Chollet : 

« Toute la tragédie est là. Faire, comme du Viagra, de l’islamophobie un remède à son impuissance, expose aux mêmes effets secondaires indésirables : les troubles de la vue ; sauf, bien sûr, pour le tiroir caisse. » 

Même constat dans l’appel anti-voile de 1989, qui opposait la “passivité” et les “bons sentiments” à la fermeté et à la “laïcité de combat”. Avec une constance qui fait froid dans le dos, on retrouve la même remarque chez Robert Kagan, dont Ivan Jablonka rapporte le propos paraphrasant le titre du célèbre livre sexiste essentialiste de John Gray : « aujourd’hui, sur les grandes questions stratégiques et internationales, les Américains viennent de Mars et les Européens de Vénus ». Il y aurait donc en substance, sur la “question” de l’Islam, des invertis passifs qui auraient bien besoin de prendre exemple sur les actifs et fermes coups de bite des islamophobes. 

PS : Un post-scriptum en forme d’hommage à Guy Hocquenghem [7] : cet article, en essayant de retrouver des logiques communes entre tous les représentants de l’islamophobie, a finalement tracé les contour d’une sorte de chimère de l’islamophobie : elle a la coupe de cheveux de Caroline Fourest, le port de tête d’Elisabeth Badinter, les lunettes d’Yves Thréard, le front d’Ivan Rioufol, la voix d’Alain Finkielkraut, les yeux d’Elisabeth Lévy, la main gauche de Charb, la main droite de Luz, les oreilles de Philippe Val, et la chemise ouverte de BHL.

Mais bien sûr, je ne voudrais pas laisser entendre que tous s’apprécient sur les mêmes critères ou qu’ils seraient les artisans d’un complot concerté. Non, les islamophobes convergent spontanément les uns vers les autres, se lisent, se défendent, se reprennent des arguments. Si chacun d’entre eux n’a pas tenu chacun des propos relevés ici et là, il n’en demeure pas moins qu’il existe une sorte de continuum de l’islamophobie qui les lie tous entre eux, qui leur font prendre les mêmes positions stratégiques, fonctionner selon les mêmes logiques, et sur la base d’un même lexique. 


“Et puis, comme ces intellectuels désabusés nous expliquant qu’on n’a d’autre choix que de laisser les fusées Pershing américaines assurer notre défense, l’Etat qui démissionne au plan socio-économique va en revanche élever la voix pour défendre sa politique sécuritaire, ses interventions militaires ou ses cours d’instruction civique. C’est la vieille stratégie de l’impuissance virile.” François Cusset - La Décennie p.221



NOTES

[1] Pierre Tévanian - Dévoilements, Libertalia, p.50

[2] cité in François Cusset - La Décennie : le grand cauchemar des années 1980, La Découverte/Poche p.55

[3] ibid. p.178

[4] ibid. p.230

[5] ibid. p.167

[6] http://lmsi.net/L-obscurantisme-beauf

[7] Guy Hocquenghem - Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary

Sep 9
syeddahjan:

Wise words of the former world-famous professional boxer Muhammad Ali. In an era defined by endless war—when he was drafted and was told that he must fight the communists—his reply was, “No Vietnamese ever called me a nigger”. Consequently, Ali was stripped of his title, expelled from boxing and sentenced to five years in prison. 

syeddahjan:

Wise words of the former world-famous professional boxer Muhammad Ali. In an era defined by endless war—when he was drafted and was told that he must fight the communists—his reply was, “No Vietnamese ever called me a nigger”. Consequently, Ali was stripped of his title, expelled from boxing and sentenced to five years in prison. 

Sep 4

Frantz Fanon crâme la dialectique

Peu de livres ont su provoquer chez moi un ébranlement aussi fort que celui que j’ai ressenti en lisant le chapitre V de Peaux noires masques blancs de Frantz Fanon, et c’est pourquoi j’ai envie de partager l’un de ses moments forts.


“Je fis un bilan complet de ma maladie. Je voulais être typiquement nègre, - ce n’était plus possible. Je voulais être blanc, - il valait mieux en rire. Et quand j’essayais, sur le plan de l’idée et de l’activité intellectuelle, de revendiquer ma négritude, on me l’arrachait. On me démontrait que ma démarche n’était qu’un terme de la dialectique :

“Il [le nègre] ne souhaite nullement dominer le monde : il veut l’abolition des privilèges ethniques d’où qu’ils viennent ; il affirme sa solidarité avec les opprimés de toute couleur. Du coup la notion subjective, existentielle, ethnique de négritude ‘passe’, comme dit Hegel, dans celle - objective, positive, exacte - de prolétariat. […]

En fait, la négritude apparaît comme le temps faible d’une progression dialectique : l’affirmation théorique et pratique de la suprématie du Blanc est la thèse ; la position de la négritude comme valeur antithétique est le moment de la négativité. Mais ce moment négatif n’a pas de suffisance par lui-même et les Noirs qui en usent le savent fort bien : ils savent qu’il vise à préparer la synthèse ou réalisation de l’humain dans une société sans races. Ainsi la négritude est pour se détruire, elle est passage et non aboutissement, moyen et non fin dernière.”

      

JEAN-PAUL SARTRE - Orphée Noir : Préface à l’Anthologie de la poésie nègre et malgache 

Quand je lus cette page [dit toujours Fanon qui a intégré la citation de Sartre dans son propos], je sentis qu’on me volait ma dernière chance. Je déclarai à mes amis : “La génération des jeunes poètes noirs vient de recevoir un coup qui ne pardonne pas.” On avait fait appel à un ami des peuples de couleur, et cet ami n’avait rien trouvé de mieux que montrer la relativité de leur action. Pour une fois, cet hégélien-né avait oublié que la conscience a besoin de se perdre dans la nuit de l’absolu, seule condition pour parvenir à la conscience de soi. Contre le rationalisme, il rappelait le côté négatif, mais en oubliant que cette négativité tire sa valeur d’une absoluité quasi-substantielle. La conscience engagée dans l’expérience ignore, doit ignorer les essences et les déterminations de son être. […]

Et voilà, ce n’est pas moi qui me crée un sens, mais c’est le sens qui était là, pré-existant, m’attendant [dirait Sartre … et Marx, et Hegel, bref les dialecticiens]. Ce n’est pas avec ma misère de mauvais nègre, mes dents de mauvais nègre, ma faim de mauvais nègre, que je modèle un flambeau pour y foutre le feu afin d’incendier ce monde, mais c’est le flambeau qui était là, attendant cette chance historique.

En termes de conscience, la conscience noire se donne comme densité absolue, comme pleine d’elle-même, étape pré-existante à toute fente, à toute abolition de soi par le désir. Jean-Paul Sartre, dans cette étude, a détruit l’enthousiasme noir. Contre le devenir historique, il y avait à opposer l’imprévisibilité. J’avais besoin de me perdre dans la négritude absolument. […]

En tout cas j’avais besoin d’ignorer. Cette lutte, cette redescente devaient revêtir un aspect achevé. Rien de plus désagréable que cette phrase : “Tu changeras, mon petit, quand j’étais jeune, moi aussi… tu verras, tout passe.”

La dialectique qui introduit la nécessité au point d’appui de ma liberté m’expulse de moi-même. Elle rompt ma position irréfléchie. Toujours en termes de conscience, la conscience noire est immanente à elle-même. Je ne suis pas une potentialité de quelque chose, je suis pleinement ce que je suis. Je n’ai pas à rechercher l’universel. En mon sein nulle probabilité ne prend place. Ma conscience nègre ne se donne pas comme manque. Elle est. Elle est adhérente à elle-même.”

Fin de citation.

Quelle surprise finalement de voir Frantz Fanon rappeler à Sartre, philosophe de l’existentialisme, l’ancrage existentiel de toute subjectivité, de toute lutte politique, contre son effacement par un “futur dialectique” (et par la dialectique elle-même, en général) censé l’abolir. Mais Fanon ne fait ici, dans ce chapitre V, que développer quelque chose qu’il avait déjà dit dans l’introduction : 

“L’avenir doit être une construction soutenue de l’homme existant.”

                           

Autant de considérations temporelles qui nous font penser qu’il serait peut-être judicieux (pour ne pas dire qu’il serait temps) de rédiger une esquisse d’un concept philosophique de temps politique, dans un avenir proche.